06 mai 2009

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L’argent sur le poteau
« Vas-y mémé! Sors ton porte-monnaie de ton sac! Mets l’argent sur le poteau . Après, on prend le cheval et on y va. Allez mémé…» dit ma grand-mère d’une voix suppliante avec un accent breton bien marqué.
Fin de l’histoire. Fin de l’imitation.
Puis elle se met à rire de sa voix calme. Un rire un peu aspiré. Si elle continue, elle va s’étouffer pensais-je avec surprise.
Je lève la tête pour l’observer. Malgré son chignon blanc dans sa résille noire, sa peau lisse et, son visage si rond, si doux de mémé parfaite, elle a quelque chose de différent! Le rire s’amplifie. Ses yeux s’humidifient. Elle a un drôle d’air taquin, une lueur sadique dans le regard.
_ Mais quel âge avait-il ? demandais-je.
_ Ben, il était plus petit que toi. Il était mignon tout plein!
J‘enlève ma main de la sienne. Je m’arrête devant elle sur le chemin qui longe le pré.
_ Ah bon? Mais quel âge?, insistais-je.
_ Ah, quatre ou cinq ans , dit-elle en souriant.
Du haut de mes sept ans, j‘essaie d‘imaginer l’aîné de la famille en version modèle réduit en train de dire des sottises pareilles. S’il savait ce qu’on dit de lui en ce moment, sûr qu’il serait pas trop content. Mémé se calme et reprend.
_ Tu sais, il était petit. Il voulait toucher le cheval un peu comme toi. Mais, il avait une lubie comme ça. Comme les enfants ont des fois. Quand on passait par là devant le pré, ça lui prenait. Il voulait qu’on parte avec le cheval. J‘avais beau lui dire : « …Mais on peut pas faire des choses comme ça : il est pas à nous!… Un cheval, ça coûte des sous! » Eh bien, il continuait!… Même quand je lui disais que j‘avais pas assez de sous pour un cheval dans mon porte-monnaie! Il avait l‘air si malheureux… Ah!…Qu‘est-ce qu‘on a eu du plaisir avec lui!...». Rires.
Je l’observe à nouveau.
Décidément, je ne comprends pas grand-chose aux adultes et aux façons qu’ils ont de ridiculiser ainsi les enfants. Une idée saugrenue me traverse l’esprit. Je décide de me taire le reste du chemin qui nous mène au cimetière, des fois qu’on aie envie de se payer ma tête quelques années plus tard!…
Cette anecdote, je devais l’entendre maintes fois chemin faisant vers le cimetière de Lambé jusqu’à ce qu’un lotissement ne vienne écraser la prairie, et le fameux pré.
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